Mercredi 14 mai 2008
Tu cherches un truc qui te donne le sourire dans le métro alors que les gueules de tes voisins voudraient te pousser au suicide ? Tu t'es parfois interrogé sur le phénomène d'érection chez les reptiles ? Tu penses que les blagues Carambar sont rédigées par des travailleurs précaires Bac +5 ? Alors Le Lézard lubrique de Melancholy Cove, publié en 1999 par Christopher Moore, est fait pour toi. C'est un livre, un objet avec des pages, ça se tourne dans un seul sens, même si l'histoire n'en a pas. Parce que Le Lézard lubrique de Melancholy Cove, c'est aussi une histoire à dormir debout. Mais c'est tellement absurde qu'en faire le résumé nuirait à sa saveur. En tout cas, ni du polar, ni du fantastique, il émane de ce roman un parfum âcre de vieilles bobines de série Z, de marijuana et de bluesman.
Extrait 1 : " - C'est quoi les mennonites ? demanda Vance.
- C'est des amish avec des mixers."
Extrait 2 : "Les dieux l'avaient doté d'une âme d'artiste mais avaient oublié de lui donner une once de talent. Théo connaissait les affres du manque d'inspiration tout en n'ayant rien d'un créateur."
par joe publié dans : C'est tout lu !
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Vendredi 11 janvier 2008

Le Royaume des ombres.Le Royaume des ombres (Editions de l'Olivier) de l'Américain Alan Furst, auteur de romans d'espionnage et amoureux de Paris, est un livre mineur, mais pas dénué d'un charme élégant et érudit. Dans ce Royaume, on suit les tribulations de Morath à travers l'Europe en 1938-1939. Morath, c'est un Hongrois installé à Paris, qui vit une existence typiquement bourgeoise-bohême. Son oncle proche des milieux libéraux hongrois va lui demander d'effectuer quelques missions secrètes afin de déjouer les plans de la "bête immonde" et des mouvements d'extrême-droite. Ce qui participe au charme du roman, c'est cette ambiance délétère d'un conflit imminent ("A la radio, le monde dérivait doucement vers le sang et les flammes."). Dans le milieu aisé de Morath, on évite de penser au pire en faisant l'amour, on discute de politique en passant à table. Mais dans l'attente de la guerre, ces dîners procurent la sensation de "lécher du miel sur des ronces".

par joe publié dans : C'est tout lu !
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Jeudi 3 janvier 2008

"Never let me go" / Auprès de moi toujours.Dans la plupart des critiques positives que je lis sur Auprès de moi toujours (Never let me go en VO), leurs auteurs recommandent de ne pas divulguer le récit. Je n'ai pas aimé ce livre, alors je ne vais pas me gêner.  Il s'agit de l'histoire de clones élevés comme des enfants/ados ordinaires, en pension, élevés pour donner leur foie, leur cœur, etc., jusqu'à la mort. Voilà, je viens déjà de vous épargner la lecture d'un tiers du roman puisque cette révélation arrive assez tardivement. Entre-temps, le lecteur qui n'aura pas jeté ce roman aux oubliettes aura assisté à la vie quotidienne et aux propos mièvres de jeunes gens dans un collège coupé du monde.

Kazuo Ishiguro se plaît à reculer sans cesse les révélations ci-dessus.  Et cette intention de ne donner ses informations au compte-gouttes est tellement évidente et orgueilleuse (vous ne comprenez pas ce qui se passe, c'est pas grave, regardez mes personnages comment ils sont passionnants) qu'au bout d'un moment, on n'a plus envie de rentrer dans son jeu, ni de continuer à se taper un style aussi limpide que chichiteux.

Le problème majeur d'Auprès de moi toujours, c'est qu'il ne se passe rien... Ou si peu : la narratrice a perdu une cassette de musique et ça la rend triste. Tous les "clones" sont résignés à leur sort, aucun ne songe à se rebeller. Soit... Mais leur manque de curiosité est tellement pas crédible ("Ah tiens ! On n'a pas de parents, ça doit être normal"). Je comprends qu'Ishiguro ait voulu mettre le lecteur mal à l'aise en montrant la passivité d'être humains destinés à être charcutés. Mais encore faut-il la mettre en scène de manière susceptible de provoquer une émotion. 

En situant son roman dans une Grande-Bretagne de l'après-Seconde guerre mondiale mais sans aucune mise en perspective politique, les personnages vivent en vase clos (mais ils connaissent quand même Kafka, Picasso et Joyce, ouf !). 

Je ne parle même pas des états d'âme de la narratrice (niaise)... d'une platitude absolue. 

Un roman fermé sur lui-même et du coup pas très généreux.

par joe publié dans : C'est tout lu !
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Vendredi 16 novembre 2007

La Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.En juin dernier, une Africaine âgée de 30 ans avait créé la surprise en recevant le prix littéraire britannique Orange, l'un des plus prestigieux, pour son deuxième roman. Il s'agit de l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, avec Half of a Yellow Sun, situé pendant la guerre du Biafra.

Je viens de lire son premier roman L'Hibuscus pourpre, L'histoire se déroule au Nigeria, aux alentours de l'année 1995, alors que ce pays subit une dictature militaire. Une adolescente timide de la classe moyenne, Kambili, vit dans la crainte de son père, un catholique fanatique, qui n'hésite pas à lui infliger des sévices physiques pour la maintenir dans le "droit chemin". Puis, le temps de vacances, elle va être confiée avec son jeune frère à sa famille lointaine, au sein de laquelle, l'adolescente va découvrir la liberté et, comme la fleur qui donne son titre au livre, s'épanouir.

Si le début, qui montre la famille de Kambili brimée par le patriarche, manque de relief, par la suite l'introduction d'un personnage haut en couleurs, la tante Ifeoma, chaleureuse et extravertie, attachée à une Afrique tradititionnelle, permet au roman de gagner en densité.

Dommage pour les défauts : le personnage principal exprime parfois une passivité qui confine à l'indifférence (ennuyeuse pour le lecteur). De plus, le style aurait gagné à davantage de mordant, et des éléments du récit aurait pu être davantage explorés, comme la relation à la limite du flirt, de Kambili avec un prêtre. L'Hibiscus pourpre est d'abord un sage roman d'apprentissage, on est loin du ton satirique souvent adopté par la littérature africaine.

Mais la sincérité de l'écriture l'emporte, ainsi que la description en arrière-fond du Nigeria, miné par la corruption et la pauvreté, où l'exercice du droit d'expression peut mener à la mort.

par joe publié dans : C'est tout lu !
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Vendredi 9 novembre 2007

"J´aime bien jouer à certains jeux de guerre, il y à de l´action, des sensations, c´est sympa !

Je ressens pourtant parfois une certaine culpabilité ( certes légère) lorsque je pense à tous les soldats qui ont soufferts durant les guerres réelles quelles qu´elles soient.

Je me demande parfois ce qu´en dirait mon arrière-grand père qui a malheureusement dû faire la seconde guerre mondiale et qui àpéri dans cette dernière...

Pourtant, je me dis que lorsque l´on mange un fou ou un cavalier aux jeux d´échec, ceci n´est que virtuel et qu´il en est de même dans
Call of duty

Et dans la vie réelle, je suis absolumment contre la violence et j´espère bien ne jamais avoir à faire une guerre. je déteste par dessus tout voir souffrir les gens et moi même les faire souffrir..."


Dolodon, sur un forum de jeuxvidéo.fr : "Jouer à la guerre est-il immoral ?"


Une question que ne se posent pas les héros de Gang (Deadkidsongs en V.O.), un roman du britannique Toby Litt : quatre mômes du village d'Amplewick, dans la campagne anglaise, qui se prennent pour une armée miniature chargée de défendre leur pays contre l'envahisseur.

Après la mort d'un des membres de leur escadron, ils décident d'exterminer ceux qu'ils tiennent pour responsable de son décès : ses grand-parents. Ainsi commence "l'Opération extinction" à "Dinosaurland", au domicile de ces personnes âgées : 

« La substitution de fusibles ultra-résistants à des fusibles normaux n'avait été que la première de ses "mises en dangerosité" : partout dans la maison, les vis étaient déserrées d'un ou deux tours de tournevis, sinon trois; les clous dépassaient de quelques millimètres; le tapis de l'escalier se mit à glisser sur les marches; la porte de la salle à manger contre son chambranle.»

"Gang" de Toby Litt.Loin d'une vision innocente de l'enfance, Toby Litt montre des gamins cruels quand livrés à eux-mêmes, dans la veine de Sa majesté des mouches, de William Golding.

Ce roman mineur et provoc', avec pas mal de redites et une fin un peu baclée, a au moins l'intérêt de casser avec férocité et humour l'angélisme avec lequel des adultes observent leur progéniture.

Et s'il a lu Gang entre-temps, Dolondon le gamer se dira peut-être que jouer à la guerre n'est pas immoral, parce qu'à la différence du jeu, la guerre ne connaît pas de règles, juste des stratégies.

par joe publié dans : C'est tout lu !
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