La vie éternelle en échange d'une méchante addiction à l'hémoglobine. Après le comte Dracula et peu avant Lestat de Lioncourt, c'est un vieil antiquaire qui se voit proposer
cette offre à double-tranchant dans le film Cronos, de Guillermo del Toro. Tout comme David Cronenberg avec ses histoires d'homme-mouche et de cassette VHS vivante, le réalisateur
mexicain a réussi à apporter sa touche personnelle au cinéma de genre (superhéros, fantômes, merveilleux, créatures). En 1993, ce "petit film" aux allures de conte qu'est Cronos contient
les prémisses de son chef d'œuvre à venir Le Labyrinthe de Pan. Avant Ofelia dans la Guerre d'Espagne, il y a donc Aurora dans son ciré rouge écarlate. Il y a l'acceptation d'un univers
qui dépasse l'entendement. Il y a la relation émouvante entre une enfant et son grand-père cédant aux plaisirs du Cronos, un mécanisme diabolique. Il y a cette image glaçante d'un vieillard qui
se met à terre dans des toilettes pour lécher une minuscule flaque de sang. Une méchante addiction on vous dit...
Après L'Hirondelle d'or, je continue mon exploration des films produits par les Shaw
Brothers. Ce week-end, j'ai ainsi regardé Le Complot des clans (1977). Un vrai régal de cinéma bis, réalisé avec beaucoup d'humour et de poésie.
On y trouve des décors aux couleurs fluo, des personnages féminins malicieux et de jolies trouvailles comme un combat avec des bambous (ci-dessus). Le héros, un maître
des arts martiaux genre bellâtre (interprété par Ti Lung), possède le charme et la décontraction d'un James Bond porté sur le thé. En plus, l'intrigue plutôt bien chiadée ne laisse
pas beaucoup de temps morts.
Et puis il y aussi des moments insolites, quasi absurdes, notamment cette scène qui ne sert absolument à rien dans le film, sinon à terroriser les spectateurs : Ti Lung se
rend avec une femme qu'il a rencontrée au cimetière... Puis il commence à manger un cadavre (beurk) dans un cercueil, sous les yeux épouvantés de l'autre. Puis le beau gosse nous
apprend que ce cadavre est un faux, c'est une espèce de patisserie confectionnée par ses assistantes pour ressembler à un être humain. Et puis on passe à autre chose. Le nawak
total.
Autre scène, qui sacrifie à la mode du gore de l'époque. Afin de sauver le Ti Lung, la maîtresse d'un palais détache son propre bras et le lance
vers le "méchant", qui meurt transpercé par ce membre ! So what ?
Quentin Tarantino (Kill Bill) et Ang Lee (Tigre et Dragon) sont de vilains copieurs. C'est clair qu'ils connaissent sur le bout
des doigts L'Hirondelle d'or, curieusement titré Come drink with me (Viens boire avec moi ?????) en anglais. Dans la scène ci-dessus, l'Hirondelle d'or est aux prises
avec la bande de Tigre Face-de-Jade, qui s'appelle comme ça parce qu'il est tout fardé sur le visage et qu'il est méchamment félon. Avec sa maîtrise des arts martiaux, l'Hirondelle d'or tente
de sauver son frère, retenu prisonnier par des bandits dans un temple. Par dessus ça, vient se greffer un affrontement entre deux maîtres de kung-fu, mais il faut voir le film en entier pour
y assister.
L'Hirondelle d'or, un jouissif film de sabre chinois, datant de 1966, et qui n'a pas pris beaucoup de rides. Les scènes s'enchaînent comme une succession de tableaux
animés, où ça saigne à la peinture rouge et à tours de bras. Drôle, kitsch et prenant.
C'est le film du Hongkongais Johnnie Tosur lequel j'ai nourri le plus de fantasmes, y compris
celui de le regarder. Après avoir vu Exilé et l'imposant dyptique Election 1 / Election 2, quand ils sont sortis, The Mission (2001) m'a paru
bien désinvolte en comparaison avec ces trois petits chefs d'œuvre du film de gangster. The Mission est taillé dans la même matière, mais pas aussi finement. Ce
long-métrage sur cinq gardes du corps d'un chef mafieux atteint néanmoins des moments de grâce comme une séquence de
gunfight immobile à l'intérieur d'un centre commercial. Ce qui m'a plu aussi, c'est les retrouvailles avec les acteurs, qu'on retrouve dans les films suivants, jouant des rôles quasi
identiques. Le scénario tient sur un Post-it, d'où de nombreux nombreux temps morts, que la mise en scène ne parvient pas à combler. Mention spéciale : une bande originale pénible avec
des thèmes musicaux omniprésents et interprétés au synthé Bontempi.
Revu la fin de Titanic hier soir sur TF1, la chaîne Bouygues-Sarkozy. A la quatrième vision de ce film, j'ai
toujours un cœur de midinette qui se serre dans la poitrine. "Nonnnnn, Jaaaaaackkkk!!!" Dans le film de James Cameron, pas un Noir sur le pont, ni dans les soutes. Et pourtant, il y
en avait un : JosephLaroche, né le 26 mai 1886, à Haïti.
A l'âge de 15 ans, en 1901, il vient en France afin de poursuivre des études d'ingénieur, à Beauvais, puis à Lille. En 1912, avec sa femme Juliette rencontrée en France, et ses deux filles,
Simonne et Louise, il avait pour intention de retourner dans son pays natal, via New York, pour y trouver du travail. Joseph Laroche n'a pas survécu à la catastrophe. Sur Internet, un
article de la Titanic Historical Society raconte la destinée de cette famille, parmi tant
d'autres éprouvées par le naufrage du paquebot. On y lit notamment une lettre émouvante de Juliette Laroche à son père, datée du 11 avril 1912, soit trois jours avant le
drame.
Après s'être investie dans l'association Titanic Historical Society, Louise Laroche est morte en janvier 1998.
Joe
Louise Laroche, une rescapée française, a, le 19 avril 1996, inauguré une plaque commémorant l'unique escale du Titanic à
Cherbourg. On peut y lire : « RMS Titanic. Au cours de sa croisière inaugurale, le paquebot Titanic fit sa seule escale à Cherbourg le 10 avril 1912. Il devait
sombrer dans la nuit du 14 au 15 avril au large de Terre-Neuve. La Société historique du Titanic à Indian Orchard (Massachusetts, USA) et la Ville de Cherbourg ont commémoré ce tragique évènement
le 19 avril 1996 » (Source : Wikipedia)