Dimanche 9 mars 2008

undefinedLe prix du meilleur album au Festival d'Angoulême 2007. NonNonBâ (éditions Cornelius), c'est l'autobiographie de Shigeru Mizuki, qui raconte les souvenirs de son enfance, dans les années 1930, à Sakai-Minato, une ville cotière au Sud-Ouest du Japon. Dans ce bouquin épais et doux-amer, le mangaka relate les premières années de sa vie, avec nostalgie et tendresse : le quotidien dans sa famille très modeste, les bagarres avec les copains, l'école, les premières amours, et surtout une imagination débordante qui trouve un exutoire dans le dessin.

Au premier abord, le style peut paraître un peu est naïf et les histoires mièvres, mais Shigeru se rattrape avec une galerie de personnages attachants, comme celui de sa mère au foyer, qui tient la culotte, et celui de son père à moitié absent (au sens figuré comme au sens propre), un employé de bureau qui aimerait plutôt vivre de sa passion pour le cinéma. J'ai beaucoup aimé les scènes avec son père, doux rêveur, une cigarette à la main, le regard perdu derrière ses lunettes. Plutôt que de faire preuve d'autorité sur son fils, il lui lâche, par bribes, une certaine philosophie de l'existence.


Le père de Shigeru. Lecture de droite à gauche SVP.


Mais le personnage qui donne son titre au manga se révèle aussi le plus excentrique. C'est NonNonBâ, une vieille femme superstitieuse, qui habite la même ville que le jeune garçon. Grâce à elle, Shigeru découvre le monde des Yôkaï, ces entités grotesques et surnaturelles, issus du bestiaire médiéval japonais. Les amateurs des films de Hayao Miyazki savent déjà que les Yôkaï peuvent prendre de multiples apparences, jouer des tours aux humains, être aussi facétieux que monstrueux.

Par ailleurs, la ville de Sakai-Minato a mis à l'honneur Mizuki, en lui donnant le nom d'une rue, et en y déposant près d'une centaine de statues de bronze, représentant les personnages du dessinateur, Yôkaïs compris. Sur le blog d'une Française au Japon, on peut en voir des photos dans un diaporama. 

par joe publié dans : Bandes dessinées
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Vendredi 7 décembre 2007

"Maharajah, les carnets de Joann Sfar"Typiquement le livre de chevet : épais et lourd, donc pénible à transporter dans son sac (à main, à dos) et couverture blanche en papier cartonné (donc ultra-salissante, comme les bouquins de chez P.O.L.). Et comme, c'est "un cahier de dessins", ainsi que le présente son auteur, c'est exactement le genre de pavé dont j'aime croquer quelques pages avant de m'endormir.
Joann Sfar, entre autres créateur du Chat du Rabbin et collaborateur à la série des « Donjon » donne dans Maharajah (édité chez Delcourt) des tranches de vie à travers ses croquis à l'aquarelle. Il y a sa famille, ses  potes, son milieu bobo parisien, ses voyages (en Inde), des considérations sur Tariq Ramadan, les jeux vidéo, le festival d'Angoulême ou le Amsterdam Klezmer Band... 400 pages de joyeux bordel, avec des planches plus ou moins intéressantes, des moments tristes, drôles ou tendres. Ça part dans tous les sens, à l'image de l'œuvre foisonnante de ce trentenaire curieux et observateur.

par joe publié dans : Bandes dessinées
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Jeudi 20 septembre 2007

Depuis quelques années, la BD fournit au scénario une matière première qui ne git pas seulement dans les superpouvoirs des superhéros. From Hell, Les Sentiers de la perdition, V pour Vendetta, Sin City... Tous ces graphic novels ont inspiré des films plus ou recommandables. Un certain Josh Olson, qui s'était notamment illustré par la réalisation d'un film d'horreur de série Z (Infested, j'aimerais bien voir ça), a écrit le scénario de A History of Violence (_AHoV_ pour les intimes) à partir d'une BD de John Wagner et Vince Locke. C'est David Cronenberg qui s'est collé derrière la caméra en 2005. Résultat : un film classieux et sans fioritures.

Retour à la BD. Voici ce que raconte la quatrième de couv' : "Dans une petite bourgade paisible des Etats-Unis, deux braqueurs sont abattus par Tom McKenna, qui devient une célébrité malgré lui, attirant l'attention des médias mais aussi de maffiosi qui le pensaient disparu. Ils croient reconnaître dans ce père de famille en apparence tranquille, le tueur qu'ils recherchaient depuis 20 ans" etc.

Je trouve le dessin de la BD plutôt inconsistant et les cadrages sans surprises. Mais c'est moins la qualité graphique qui m'intéressait que de me prêter au jeu des différences BD/scénario.

Le film fait complètement l'impasse sur les raisons qui ont poussé Tom McKenna à refaire sa vie. Dans la BD, un important chapitre, en flash-back, montre Tom et son frère Joey, qui vivent à Brooklyn, commettre le massacre planifié de la mafia du coin. Par crainte des représailles, Tom abandonne sa famille derrière lui.

Dans le long-métrage, Tom s'acharne à garder son secret le plus longtemps possible, tant il s'est persuadé d'être un autre homme. Dans le scénar, Tom se confie rapidement auprès de son épouse, qui moufte pas plus que ça, et auprès des flics.

La BD comme le scénario s'achèvent sur la mort du frère de Tom, mais dans le bouquin le sort réservé à Joey est autrement plus sadique, à la limite du grand-guignol, plus proche du gore à la Saw que de l'esprit raffiné de Cronenberg. 

Le film montre davantage comment la révélation de son identité contamine son entourage, elle alimente les fantasmes hard de son épouse (très cronenbergien ça), elle permet à son fils de céder à ses pulsions haineuses. Et dans le film, c'est bien son fils, et pas sa femme, qui flingue à bout portant le gangster Fogarty. Ils ont la violence dans le sang, non ? Hum... Allez me chercher leur ADN...

Bref... La lecture de _AHoV_ ne me fait que plus apprécier le film.

Pour vous faire une idée de la BD, vous pouvez télécharger ici quelques pages, c'est le braquage de la cafétaria de Tom. Et, même si la démonstration est pas intéressante dans le cas de cette scène (courte et sanglante), vous pouvez toujours regarder ce que ça donne à l'écran (vidéo ici).

Joe

par joe publié dans : Bandes dessinées
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Mercredi 12 septembre 2007

L'auteur Neil Gaiman, c'est pourtant pas la BD qui m'a amené vers lui, mais d'abord ses romans, le premier, Neverwhere, assez farfelu pour que j'ai envie d'en lire d'autres. Puis American Gods, à sa sortie en 2001, son meilleur ouvrage à ce jour, où Dieux nouveaux et anciens s'affrontent, chacun tirant sa puissance du nombre d'humains qui croient en eux. Dans ce roman, Gaiman ne faisait que reprendre le thème de ces scénarios pour les BDs Sandman, mais ça, je ne m'en rendrai compte que plus tard.

Puis je lis un peu tout le reste jusqu'à Anansi Boys.

Ces romans et nouvelles ne sont pas à proprement parler de la SF, mais appartiennent au genre du merveilleux, avec un ton assez décalé, ironique, où pointe toujours une certaine noirceur. Pour preuve, Stardust, son premier roman adapté au cinéma (
bande-annonce ici), qui s'amuse avec les chemins archi-pavés du conte.

"Mr Punch."Le week-end dernier, j'étais à la braderie de Margny-lès-Compiegne, Mika ad nauseam dans les haut-parleurs, "Relax, take it iiiiiiiiiiiiizzzzzziiiiii", moules-frites, le capharnaüm, des stands dans les rues, je tombe sur un vendeur de BD. Comme je suis pressé, je fais défiler les livres rapidement dans un premier bac, et je tombe sur Mr Punch, sous-titré "La Comédie tragique ou la tragédie comique" par Neil Gaiman, au récit, et Dave McKean, à l'illustration.

Ils ont engendré un roman graphique émouvant, sur les thèmes de l'enfance et de la mémoire. Hormis les dessins acérés, un montage de photos et de découpages  donne une impression très surréaliste à la lecture. La mise en page brute et les couleurs délavées accentuent le caractère cauchemardesque du bouquin.

C'est l'histoire d'un enfant de 7 ans (le narrateur), en vacances chez ses grand-parents, ils habitent une ville côtière, dans le sud de la Grande-Bretagne. Lors d'une partie de pêche avec son grand-père, il découvre sur la plage un chapiteau où se produisent des marionnettes. L'une d'entre elles, un polichinelle sardonique et inquiétant nommé "Mr Punch" va hanter le garçon, qui va aussi croiser une femme déguisée en sirène, un oncle bossu... Mr Punch ou comment les mensonges des adultes et l'imagination contaminent les perceptions d'un gamin.

Little Nemo.Comme je l'écrivais plus haut, c'est bien après avoir lu ses romans et nouvelles que je me suis plongé dans la série des Sandman, des comics scénarisés par Neil Gaiman. Enfin, pour être plus exact, je les avais déjà vus quelques années plus tôt, mais en les feuilletant, je trouvais les couleurs dégueulasses (ça jurait de partout) et le côté acéré du trait me piquait les yeux. Plus tard, j'ai apprécié l'univers onirique de ces Dieux et de ces Eternels, qui m'a procuré la même sensation d'étrangeté que lorsque, gamin, je lisais les aventures de Little Nemo.

Par ailleurs, Neil Gaiman tient régulièrement à jour son
blog, sympa pour ses fans.

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Toujours côté BD, j'ai terminé ce soir les deux premiers tomes du manga Death Note, entre polar et fantastique. Un lycéen qui trouve un cahier avec lequel il peut provoquer la mort, en écrivant dessus le nom de la personne à tuer. C'est pas mal, assez divertissant, parfois lourdingue.  La nonchalance du Dieu de la mort, qui accompagne le lycéen, me rappelle celle du personnage de Dream dans la série des Sandman.
 
On m'a offert le premier volume d'une autre BD,
Universal war one, d'un Français, Denis Bajram. Couleurs superbes et envoûtantes, mais des personnages un peu caricaturaux. J'ai lu ça et là des critiques élogieuses. Je tenterai bien le tome 2.

Joe

par joe publié dans : Bandes dessinées
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Jeudi 5 juillet 2007

Shenzhen.
Des trois villes qui figurent sur cette photo, celle où je ne vais pas me rendre est aussi le titre d'une bande dessinée : Shenzhen, de Guy Delisle. En traînant récemment à la bibliothèque, j'ai ramassé pas mal de bouquins, dont celui-ci. Je l'ai emprunté en raison de ma prochaine destination de voyage, mais aussi parce que la maison d'édition, c'est L'Association, éditeur entre autres de Persepolis. Je ne connaissais pas. C'est une excellente surprise.

Shenzhen date d'il y a déjà presque dix ans. Entre-temps, pas mal de choses ont dû changer dans cette ville, et peut-être aussi le regard de Guy Delisle sur la Chine. Mais le sentiment d'être Lost in translation résiste au temps et aux modes. Et donc aussi le thème de cette BD. Quand le narrateur, d'origine québécoise, débarque à Shenzhen en décembre 1997, c'est la loose. Il doit y passer plusieurs mois en bossant comme dessinateur-animateur sur un film. Mais il ne parle pas le Chinois, la barrière de la langue s'avère insurmontable. Et comme il s'emmerde, il va tenir un espèce de carnet de bord. Le résultat, c'est Shenzhen.

Dans ses planches en noir et blanc, le narrateur décrit sa vie quotidienne, celle d'un Occidental livré à lui-même dans l'Empire du milieu. Chercher un repas à sa convenance, échapper à la monotonie, tenter d'élaborer une communication avec ses semblables... Autant de taches difficiles à remplir.  Je me suis fendu d'un large sourire quand il tente de tromper son ennui en regardant pousser de la pourriture (dans un buvard imprégné de café) sur un bureau au taf : "Je laisse l'expérience suivre son cours et jour après jour, j'admire les motifs se transformer", écrit-il, pince-sans-rire. 

Son analyse du fossé culturel donne lieu à une série de gags assez marrants, avec des textes ironiques qui s'intégrent à un récit bien rythmé. Ses observations fines sur la solitude de l'étranger en terrain inconnu ne peuvent laisser indifférent toute personne qui a déjà partagé cette expérience.

Joe

J'ai essayé de trouver une planche sympa reproduite sur le Net. Pas trouvé. En voici une, hélas, la chute se trouve sur une page suivante.

par joe publié dans : Bandes dessinées
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