
Travelling sur des couteaux de boucher soigneusement posés sur un tissu. Un homme s'empare d'un couteau... pour porter des coups à la carcasse d'un porc, suspendue comme un
punching ball au plafond. On est dans un bureau de police. A un stagiaire qui débarque, un flic explique que le mec qui frappe le cochon, c'est un enquêteur "entré en
transes". Puis on voit cet enquêteur se faire enfermer dans une valise et...
Les premières minutes de Mad Detective sont cocasses et géniales. On se croirait dans un film de Park Chan-wook (Old Boy). Il s'agit pourtant du dernier
court-métrage du Honkgonkais Johnnie To (coréalisé avec Wai Ka-Fai). Un polar qui suit l'enquête d'un inspecteur brillant et loufoque, débarqué de ses fonctions pour cause de troubles
mentaux. Ses méthodes de travail sont pour le moins étranges, plutôt celles d'un médium. Ses visions, qui permettent de reconstituer les circonstances de la disparition d'un autre flic,
donnent au film une atmosphère onirique, aux limites du genre fantastique.
Avant le gunfight final, entre des miroirs qui se brisent, la folie du héros permet à Johnnie To de faire passer des scènes tantôt drôles, tantôt
pathétiques, parfois inventives, comme celle où le détective "voit" les sept personnalités (il les appelle des démons) de l'homme qu'il a pris en filature. Ces sept
personnalités sont interprétées, en même temps à l'écran, par autant de comédiens. Par sa réalisation élégante et un montage nickel, Johnnie To sauve un scénario assez éculé. Je
regrette d'ailleurs que le récit ne déplace pas le curseur de la folie un peu plus loin. En creusant par exemple l'idée des multiples personnalités.
- Les acteurs sont convaincaints et la bande originale composée par Xavier Jamaux, un Français dont j'avais apprécié l'autre B.O., plus électro, pour Tokyo Eyes.
- La bande-annonce du film => ici.
- Un autre avis (enthousiaste) sur Mad Detective, c'est du côté du blog Shangols.
Quarante-cinq minutes. Le temps passé devant Bienvenue chez les Ch'tis avant de quitter la salle. Mise en scène proche du néant.
Scénario tout mince. Gags ré-pé-ti-tifs et lourds. Les accents, ça me fait pas rigoler sur la durée, le patois du Nord non plus. A part ça, c'est gentil et tout consensuel, un
film qu'on verrait bien sur des vols moyen et long-courrier. Mais pour le venin qui fait les comédies piquantes, on ira chercher sa dose ailleurs. Ça commence dans la tradition
franchouillarde : gendarme sympa, picole, plats typiques, fonctionnaires de La Poste et magouille chez le DRH. Il y a même une carte des autoroutes A6, A7 et A25 au générique, une
animation plutôt moche.
Film phénomène de société ? La célébration du "plaisir des choses simples", de l'amitié au-delà des hiérarchies et des différences, de la ville à échelle "humaine" (Bergues, 4209
habitants) et des particularismes régionaux à l'heure de la globalization... La collectivité locale du Nord-Pas-de-Calais ne s'y est pas trompée en versant 600 000 € pour la promotion de
Bienvenue chez les Ch'tis. C'est sûr, Karnaval et La Vie de Jésus, c'était bon pour le cinéma, pas pour le tourisme.
Dans la catégorie "film de monstre qui ravage une ville", Cloverfield fonctionne plutôt bien, grâce à son point de vue subjectif (l'effet
Projet Blair Witch) et malgré un scénario qui tient en quelques lignes (ce dont la durée relativement courte du film tient compte). Un film assumé post-11 Septembre,
avec destruction en règle de New York, gratte-ciels qui s'effondrent, panique et poussière dans les rues.

Seulement, si les annonceurs pouvaient pas incruster leurs pubs sur les images spectaculaires des Twin Towers en 2001, heureusement il y a le cinéma pour rattraper le coup.
Heureusement, il y a Cloverfield, et des placements de produits (Sephora et Nokia, comme l'a aussi noté Le Bluug) si criants que c'en est risible. On se demande
même pourquoi la marque de la caméra (le vrai héros du film finalement) n'est pas citée en gros plan.
A part ça, voici un résumé de Cloverfield garanti 100 % spoilers : De jeunes Américains têtes à claque font une fête à New York *yeah*. Un monstre s'invite
*haaaaaa*. Ils fuient sur un pont. Le monstre détruit le pont *boum*. Le frère du héros meurt. Le héros veut retrouver sa petite copine
*yeah*. Il part avec trois amis à sa recherche, en empruntant les tunnels du métro. Ils sont attaqués par des mini-monstres
*haaaaaa*. Des militaires les recueillent *yeah*. Une amie du héros "explose" *berk* après avoir été mordue par un
mini-monstre (l'effet Alien). Ils repartent. Ils trouvent la petite copine du héros dans une tour qu'ils ont escaladée. Ils redescendent, ils montent dans un hélicoptère de l'armée.
Le monstre abat l'hélicoptère *tzoing*. Ils s'en sortent indemnes. Un ami du héros meurt *crunch* dans la gueule du monstre. Les deux survivants
se réfugient sous un pont de Central Park. Ça pète de partout. The end.
Et à la fin, on sait toujours pas pourquoi le monstre a attaqué New York. Même si j'ai ma petite idée là-dessus.