Jeudi 2 août. Retour vers la France. J'ai oublié de parler des mascottes des Jeux Olympiques
2008 présentes un peu partout dans Pékin, mais les J.O., ça me gonfle. Dans l'avion, je lis La Horde du contrevent d'Alain Damasio, en zieutant (sans le son) les
trois films diffusés.
• Rob-B-Hood. La copie est mauvaise, l'image ne cesse de sauter, mais ce que j'en entraperçois m'a l'air pas mal du tout. Soit une comédie hong-kongaise avec
Jackie Chan, qui incarne un truand chargé de kidnapper un bébé. Même sans le son, on comprend la plupart des gags (la scène du nourrisson passé au lave-linge m'a surpris), et c'est
agréable à regarder avec ces cascades et bastons qui s'enchaînent bien. Jackie Chan est épatant, il a un sens incroyable du rythme, comme Buster Keaton dans un film d'action. Réalisé en 2006,
Rob-B-Hood n'est pas (encore?) sorti en France.
• Hero. Quand je l'avais vu en 2003, ce long-métrage chinois m'avait déjà paru pénible. Bah j'ai pas changé d'avis. L'esthétique maniérée et
pompeuse de Hero plombe les scènes d'action, le ralenti est utilisé jusqu'à écœurement et le jeu des
(bons) acteurs se résume à une addition de regards perdus dans le vague.
• The Astronaut Farmer. Un film américain sur l'histoire d'un brave type (Billy Bob Thornton) qui veut partir un peu plus près des étoiles. D'après ce que j'ai compris,
des habitants de son patelin le prennent pour un barge, mais son rêve il y croit très fort, sa famille soutient ce doux-dingue de papa, il se fait livrer une fusée dans sa ferme, il fait la une
des médias, puis il a les autorités au cul, et puis il décolle, a de légers soucis en orbite, mais revient sur Terre et tout finit bien qui finit bien. Voilà... Plus la peine d'aller
voir The Astronaut Farmer si jamais il atterrit par ici.
Joe
Lundi 1er
août. Un jour de "fête" : le quatre-vingtième anniversaire de la fondation de l'Armée populaire de libération (APL) par le Parti communiste
chinois au tout début de la guerre civile qui l'opposa au Guomindang. Je m'habille en regardant la télé dans ma chambre. Sur plusieurs chaînes, des clips à la gloire de l'armée, avec des
chanteurs et des chœurs en uniforme militaire.
Je mange au self de l'hôtel où une télé diffuse un discours du président Hu Jintao, au Palais du Peuple, à Pékin.
L'après-midi, je fais un tour au Palais d'été.
Fou rire le soir dans un resto du quartier. A la table voisine, la chaise d'un homme s'effondre en deux temps sous son poids. Sa femme et ses deux filles restent impassibles. La veille,
dans le même lieu, une serveuse a glissé et a tenté de se rattraper à une table, mais sa main a plongé dans le bol d'un client, répandant de la soupe sur tous les convives.
En rentrant, un superbe orage. Jamais vu autant d'éclairs. Selon un communiqué de la China
Meteorological Administration, la foudre a tué 306 personnes en Chine entre le 25 juin et le 16 août cette année. Toutes les victimes habitaient en milieu rural, 79 % d'entre elles travaillaient
sur les champs quand elles sont mortes.
Joe
Mardi 31 juillet. Je me lève à 5h30 du matin. J'ai mal dormi. Je ressasse cette phrase dans le Guide du routard au sujet de la Grande
Muraille à Simatai : "Au delà de la 14e tour, c'est beau mais assez casse-gueule, avec notamment un passage impraticable pour ceux qui souffrent du vertige." L'angoisse.
A 6h30, je monte dans un bus avec une vingtaine de personnes de l'hôtel ou de l'auberge de jeunesse. On arrive à 10h30, après s'être immobilisé une heure sur une route de campagne. Une collision
entre un pick-up et un poids lourd.
Ma plus belle journé en Chine : une excursion de dix kilomètres sur la muraille, de Jinshanling à Simatai. Il paraît que c'est mieux de se rendre ici parce que c'est plus authentique
que la partie de Badaling, bla bla bla... Au début, c'est facile, la muraille a été rénovée, je galope; après, ça se corse, le sol est défoncé, je m'aggrippe aux marches.
Faire gaffe où poser les pieds (ne pas trébucher), et le regard, c'est à dire pas trop sur les côtés, là où les créneaux sont tombés en ruines.
C'est presque désert.
Hormis quelques randonneurs, des vendeurs ambulants de cartes postales et d'eau fraîche, stratégiquement postés, et un Américain qui gueule : "I don't want your fucking souvenirs ! Leave me
alone ! Do you understand ? No buy !"
Retour à Pékin dans les embouteillages.

Lundi 30 juillet. Le Temple du ciel. Peu avant le solstice d'hiver, l'empereur daignait lever le cul de son trône afin d'aller y prier pour de bonnes
récoltes. Deux kilomètres séparent ce lieu de la Cité interdite. Toujours l'espace, les distances, les touristes. Je me fais photographier dans un coin un peu calme. Les statues de
dragons ricanent.

Sur le chemin vers le temple, il y a aussi un Tyrannosaurus Rex en carton-pate devant le Musée d'histoire naturelle, dont "les salles anatomiques du dernier étage sont à
déconseiller aux enfants car elles exposent notamment des cadavres humains et des organes génitaux" (dixit Lonely Planet). Comment j'ai pu rater ça ? Devant le musée, il y a
aussi un orage qui éclate. Je me serre contre les autres sous un abribus.
Dans la rue Qianmen Nianjie, des terrains vagues de part et d'autre. Le quartier semble avoir été rasé récemment. Seule une maison, avec une devanture de boutique, tient encore debout. Des
Chinois qui attendent le bus lisent silencieusement des feuilles manuscrites affichées sur sa vitrine. Sur l'une d'elles, il est écrit en anglais : "They want to demolish my
house..."
Dans un établissement où je rentre pour déjeuner, la serveuse retire une carte sur une des deux piles derrière elle. Une pile en anglais, l'autre en chinois. Les prix de celle qu'elle me tend
sont le double des autres, je sors. Je vais dans une autre cantine un peu plus loin. Un couple s'installe à une table voisine. L'homme m'adresse la parole, je lui réponds, on ne se
comprend pas, on se sourit généreusement, il dessine un oiseau dans mon cahier.
Je passe une partie de la soirée à rechercher un poncho genre imperméable, comme ceux que portent des cyclistes pékinois ou les gens qui reviennent d'EuroDisney un jour de pluie. Pas évident à
trouver. Et pourtant, en comptant celui que j'ai acheté le lendemain au pied de la Grande muraille, ça fait trois.
Joe

Dimanche 29 juillet. Sur le trajet jusqu'à la place Tian An Men, des panneaux sur lesquels les pages d'un journal ont été apposés. Tiens...
Une photo de Dominique de Villepin. Mis en
examen?
Visite de la Cité interdite. Ça n'en finit pas, cette succession de cours et de pavillons. Derrière des vitrines, des objets éparpillés et sans lustre, comme pour une grande braderie. Pas de
traduction en anglais. Dans la Cité interdite, ce qui impressionne d'abord c'est l'espace (1km2). Mais celui-ci est occupé par une horde de touristes. Le charme du lieu en pâtit. Je
préfère le jardin impérial, tout au bout, délicatement ombragé, avec ses arbres plusieurs fois centenaires.
En sortant, ascension de la colline du parc Jinghsan, artificiellement créée avec la terre sortie lors du creusement des douves. D'en haut, on voit la Cité interdite dans un voile épais de
brume. On peut aussi se faire photographier en costumes impériaux sur un trône en toc. Les cigales crépitent par vagues.
Descente en direction de l'île de Jade, autour de laquelle s'agglutinent des nénuphars. Au sud, le Pavillon de lumière. Dans la cour de ce temple, un immense récipient en jade et un pin
planté durant la dynastie Jin (1115-1234). Un écriteau en anglais raconte succinctement l'histoire de cet arbre : au XVIIIe siècle, l'empereur Qianlong (1711-1799) se serait
tellement plu sous ce pin qu'il l'aurait surnommé "Marquis of Shade". Le marquis de Sade ???
Sur l'île de Jade, les pédalos en forme de canard restent à quai et le crépuscule tombe doucement.

Dîner dans un restaurant recommandé par le Lonely Planet : le Baguo Buyi, spécialisée dans la cuisine du Sichuan. A 20h10, un spectacle entre Arturo Brachetti et
superhéros, où un type change rapidement de masque, derrière son éventail, tout en exécutant des figures acrobatiques.
Je commande trop de plats, je n'arrive pas à me rendre compte de leur dimension réelle sur les photos de la carte : je prends des seiches, des concombres, des champignons noirs, et même plus. Je
délaisse les nouilles froides baignant dans une sauce noire avec des éclats rouge. Je goûte les boulettes de pate de riz, enrobées d'une feuille, avec un jus de viande à
l'intérieur. Je mâche la feuille, le serveur me regarde bizarrement, il glisse un mot à la chef de table, qui vient me faire comprendre que les feuilles ne sont pas mangeables...
Joe